Sur une colline dominant l’océan, la tombe de Jean Genet à Larache invite au recueillement et à la réflexion. Selon son souhait, l’écrivain français y repose, dans la simplicité et la lumière, face à l’Atlantique qu’il aimait tant. Un lieu unique, chargé d’humanité et de poésie.
À quelques pas des remparts blancs de Larache, sur une colline dominant l’océan, au pied d’un cyprès où il aimait se recueillir, repose l’un des écrivains français les plus singuliers du XXᵉ siècle : Jean Genet.
Sa tombe, sobre et poétique, attire chaque année des visiteurs venus du monde entier, fascinés autant par son œuvre que par la beauté mélancolique du lieu.
Jean Genet (1910–1986), poète, romancier et dramaturge, fut l’un des esprits les plus libres de son temps. Rebelle, marginal et visionnaire, il a fait de sa vie une œuvre et de son œuvre une quête de vérité.
Séduit par le Maroc, il découvre Larache dans les années 1970 et y trouve un refuge loin des projecteurs. La ville lui offre l’anonymat, la lumière et la paix qu’il recherchait depuis toujours.
Lorsqu’il s’éteint à Paris en 1986, son vœu est respecté : il est rapatrié à Larache pour y être enterré face à la mer dans le vieux cimetière espagnol pour la postérité.
Une anecdote raconte qu’un douanier marocain, découvrant son cercueil parmi ceux des travailleurs émigrés, aurait murmuré avec un sourire :
« Travailleurs émigrés… encore un. »
Un clin d’œil involontaire mais d’une ironie que Genet aurait sans doute goûtée.
Sa tombe se trouve dans le vieux cimetière espagnol de Larache, un lieu de silence et de vent, perché au-dessus de l’océan.
De là, la vue s’ouvre sur l’Atlantique et sur la médina blanche, comme une métaphore parfaite de la vie de Genet : entre la marge et la lumière, entre l’exil et la beauté.
Jean Genet avait exprimé des souhaits très précis pour sa sépulture : une tombe simple, sans marbre, sans carrelage, sans peinture, et à l’écriture sobre.
Pas de croix, pas d’ornement religieux. Juste quelques pierres, comme celles que l’on trouve sur les sentiers du bord de mer.
Ce sont d’ailleurs ses amis de Larache, et notamment Mohamed Qatrani, qui ont donné à cette tombe son allure si particulière : il remonta de la mer deux grandes pierres pour les poser sur la sépulture, comme un hommage à la simplicité et à la fidélité.
L’écrivain espagnol Juan Goytisolo a demandé à reposer dans le même cimetière que son ami Jean Genet, à deux mètres de sa sépulture.
Les deux hommes partageaient une profonde amitié et une vision du monde empreinte d’humanisme, de liberté et de solidarité envers les exclus.
Cette proximité symbolique, dans la mort comme dans la vie, scelle un lien littéraire et spirituel entre les deux rives de la Méditerranée.
Les funérailles de Jean Genet furent à l’image de sa vie : un mélange de simplicité et de contraste.
Les habitants de Larache, ceux qui l’avaient connu et apprécié pour sa bonté et son humilité, furent étonnés de voir arriver, en hélicoptère, des personnalités du monde culturel international — parmi lesquelles Federico Mayor, directeur de l’UNESCO, et plusieurs ministres de la culture de pays méditerranéens.
Tandis que les officiels se recueillaient dans le silence, les gens du quartier, ses amis les plus simples, attendirent pudiquement leur départ avant de venir, à leur tour, se recueillir au bord de la tombe de Genet.
Depuis, la tombe de Jean Genet est devenue un lieu de recueillement littéraire.
Des écrivains, des étudiants, des amoureux de la littérature ou de Larache s’y rendent pour méditer face à la mer.
Il y a eu, au fil du temps, quelques tentatives de profanation, nourries de légendes selon lesquelles l’écrivain aurait été enterré avec un trésor. Mais la tombe a toujours retrouvé son calme, protégée par la bienveillance des gardiens et des habitants.
Aujourd’hui, elle demeure un lieu remarquable de Larache.
Emplacement : Cimetière espagnol, au sud de la médina de Larache
Accès : 10 minutes à pied depuis le centre ou en petit taxi
Horaires : Visite libre en journée. Il faut sonner au portail pour que la gardienne des lieux vienne vous ouvrir.
Conseil : Le moment le plus magique reste la fin d’après-midi, quand le soleil descend sur l’Atlantique et dore les pierres de la tombe.
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