Avec un patrimoine fascinant, des paysages apaisants et une gastronomie généreuse, Larache surprend par la simplicité authentique qu’elle offre aux visiteurs.
Le cœur battant de la ville se trouve à la place de la Libération, connue à l’époque du protectorat espagnol sous le nom de Plaza España. C’est le lieu idéal pour débuter votre exploration de la ville, tout en constituant un point de repère central où l’on revient pour se retrouver, prendre le temps de déguster un bon thé à la menthe et repartir à la découverte. D’ailleurs, c’est là que se trouve l’établissement Café Lixus où l’illustre écrivain Jean Genet prenait son café.
Curieusement, cette place renferme un secret sur lequel beaucoup de gens, résidents et visiteurs, passent indifféremment. Les cyprès et les palmiers qui l’entourent constituaient les graduations d’un cadran solaire à taille de paysage, marquant l’écoulement du temps au rythme de la lumière. Aujourd’hui, l’axe qui marquait l’heure a disparu mais les plantes gardent la mémoire du cadran.
À partir de la Plaza España, vous pourrez franchir la belle porte de la médina (XVIIe-XXe) et vous perdre au gré des ruelles typiquement bleues et blanches. La ville s’ouvre sur plusieurs portes monumentales, chacune dotée d’un charme unique et toutes remarquables par leur imposante hauteur. La porte de la Casbah, la porte des Coupoles ou Kebibate (XXe), la porte de la mer (XVIIe), la porte du port (XVIIe), et la porte de la douane (XIXe) forment les points d’entrée emblématiques de la vieille ville.
En franchissant la porte de la médina, vous débouchez sur la place du petit marché (Socco chico). Cette place rectangulaire pavée accueillait autrefois des attractions populaires, et notamment des conteurs, des trapézistes, des amuseurs accompagnés de singes.
Aujourd’hui, dès les premiers pas vous pourrez voir des brocanteurs. C’est ici également que vous trouverez des bazars pour rapporter des souvenirs typiques de l’artisanat marocain.
En poursuivant votre promenade, vous découvrirez le marché où s’étalent fruits, légumes, olives, poissons, viandes, etc., jusqu’à la porte de la Casbah.
Après quatre-vingt-neuf ans d’occupation espagnole, le sultan alaouite Moulay Ismaïl reprit Larache en 1689. Parmi les constructions qu’il commandita figurait sa résidence, qu`on nomma le palais de Moulay Ismaïl. Lors de la réoccupation espagnole de Larache en 1911, les Espagnols y installèrent le quartier général de l’armée, la Comandancia. Cet édifice, notamment son ornementation, s’inscrivait dans le style architectural nasride-andalou. Parmi ses éléments architecturaux distinctifs, on note notamment sa cour ornée de zelliges colorés et un minaret qui abritait, autrefois, quatre horloges et une cloche en bronze.
Ville au carrefour des ambitions méditerranéennes, Larache fut disputée par les Ottomans, les Portugais et les Espagnols. Ces derniers ont marqué de leur empreinte la cité. Aujourd’hui, des remparts, des fortifications et des châteaux forts constituent les vestiges de ce passé façonné par les luttes d’influences et les ambitions territoriales. Ils offrent au visiteur un aperçu vivant du rôle clé de Larache dans le contrôle des routes maritimes et terrestres, ce qui a valu une citation célèbre de Philippe II d’Espagne (1527-1598) : « Larache vaut à elle-seule plus que l’Afrique entière ».
Se promener à Larache, c’est comme remonter le temps et la rive méditerranéenne à travers l’héritage arabo-andalous encore présent dans l’architecture et le tissu urbain de la ville. Si la médina maintient la mémoire de la tradition avec ses ruelles étroites, ses portes monumentales et ses vestiges de murailles et de tours, la ville moderne (el ensanche) garde la marque urbaine des planifications européennes du temps des Espagnols.
Durant cette période, l’aménagement de places, d’axes et de promenades ont refaçonné Larache. La Plaza España et le Balcón Atlántico en sont des témoignages remarquables : la première, comme stratégie d’implanter un centre urbanistique reliant les principales artères de la ville ainsi que la médina à la ville moderne, et le deuxième comme préoccupation d’établir un espace ouvert sur l’infinité de l’océan.
L’héritage hispano-mauresque se manifeste aussi à travers les bâtiments publics espagnols (mairie, casernes, écoles, églises, etc.). Et il se contemple discrètement au milieu d’éléments architecturaux (arcs en fer-à-cheval), de façades et d’éléments décoratifs (patios, zellige/azulejos, motifs géométriques, menuiserie ajourée, etc.).
Parce que Larache est reconnue pour la diversité de ses terroirs, vous ne pouvez pas visiter la ville sans faire un détour par le marché central. À 200 mètres de la Plaza de España, il compte parmi les lieux les plus animés de Larache.
Abondamment achalandés de produits frais (fruits, légumes, poissons, etc.), les étals du marché central raviront vos sens par les couleurs, les senteurs et les saveurs.
Mais en plus du commerce animé qui s’y déroule chaque jour, le lieu vaut le détour pour la beauté de son architecture. Construit entre 1925 et 1928 durant la période espagnole, ce marché couvert porte l’empreinte des influences de style mauresque.
Vous pouvez notamment y déguster dans les petits restaurants de proximité, du poisson frais en grillades et fritures.
Le Balcon de l’Atlantique ou Barcó Atlántico pour les habitants, est un lieu emblématique de Larache. Il s’agit d’une terrasse panoramique en front de mer qui s’étend le long des falaises surplombant l’océan Atlantique, d’où elle tire son nom. Cette corniche a été aménagée durant la période espagnole, au début du XXe siècle (années 1920-30). Elle offre des vues panoramiques sur le littoral, mais aussi le port et l’embouchure du Loukkos.
Nombre de Larachois y vont pour se détendre, contempler l’océan, se donner rendez-vous ou admirer les splendides couchers de soleil. C’est d’ailleurs un des espaces publics les plus prisés de la ville et le lieu emblématique des premières amourettes.
Le Barcó Atlántico a refait peau neuve en 2023 à la suite de travaux de réhabilitation et d’agrandissement du lieu. La suppression d’éléments historiques (arches, pergolas, murs traditionnels) par des éléments contemporains, a redessiné l’esthétique du lieu en lui conférant une nouvelle identité tournée vers l’avenir. Cette transformation a suscité des réactions vives parmi les habitants, même si sans s’en douter, le visiteur appréciera en flânant une promenade agréable et bien aménagée. Des travaux de réaménagements sont en cours pour trouver un compromis entre modernité et respect de l’identité historique du lieu.
Jean Genet a passé les dix dernières années de sa vie à Larache où il se considérait d’ailleurs comme un citoyen Larachois. Pour cette raison, il y a été enterré conformément à ses souhaits après son décès à Paris (emporté par un cancer en 1986). Il repose désormais au vieux cimetière espagnol, face à l’océan, aux côtés de son ami et écrivain espagnol Juan Goytisolo.
Sa tombe est un lieu de visite littéraire pour les admirateurs de son œuvre et pour les curieux. Le lieu a fourni le cadre du documentaire Jean Genet, Notre-Père-des-Fleurs réalisé par la cinéaste marocaine Dalila Ennadre. Il explore la mémoire et l’héritage de l’écrivain à travers le regard des habitants de Larache.
Outre sa tombe, sa maison dont il a commandé les plans à un architecte français, témoigne de son passage à Larache. Encore intacte et visible à Larache, elle demeure un témoignage précieux du passage de l’écrivain dans la ville et de son attachement à ce lieu.
Rachetée par le cinéaste belge Zéno Graton, la maison a vocation à devenir un lieu international d’accueil et de résidence d’écrivains et de créateurs.
En parcourant Larache, vous aurez l’occasion à plusieurs reprises de remarquer des statues de lions. Ces sculptures léonines sont d’autres témoignages de l’influence arabo-andalouse de la ville. Au-delà de l’aspect décoratif, la figure du lion rappelle la royauté, la puissance et la protection.
Le jardin des lions, à l’angle de l’avenue Mohamed V et de l’avenue Zellaka, accueille les visiteurs avec deux statues de lion en marbre. Lieu idéal pour se détendre, le parc est aménagé avec une fontaine, des bancs, des espaces ombragés et des espaces de jeux pour les enfants. Vous aurez l’occasion d’admirer un magnifique dragonnier (arbre dragon) que l’on ne trouve que sur l’île yéménite de Socotra. La présence des canons historiques et la vue sur l’ancienne forteresse de la Cigogne, rappellent l’importance militaire et défensive de Larache à travers les âges.
Véritable poumon économique de la ville, le port de pêche de Larache est un lieu vivant et emblématique, au cœur de l’activité maritime de la ville. Chaque jour, il accueille les barques et chalutiers qui approvisionnent les marchés en poissons et fruits de mer, témoignant d’un savoir-faire transmis de génération en génération.
Plus qu’un simple espace économique, le port est un véritable théâtre du quotidien, où se croisent pêcheurs, vendeurs et visiteurs, offrant une immersion authentique dans l’identité littorale de Larache.
La place de la tolérance rassemble en un même lieu les cimetières des trois confessions monothéistes. Symbole fort de respect, elle offre une esplanade propice à la promenade et à la réflexion.
Bien que des cimetières multireligieux existent, la place de la tolérance reste unique au monde par sa configuration de trois cimetières juxtaposés. Elle dépasse la simple répartition de tombes de différentes confessions sur plusieurs sections d’un même cimetière. Cette organisation attenante de cimetières musulman, chrétien et juif en un même espace, fait de la place un exemple exceptionnel de coexistence pacifique, d’harmonie interreligieuse et de respect mutuel.
La ville témoigne d’ailleurs de la diversité religieuse avec des lieux de cultes encore actifs des trois religions, parmi lesquels la Grande mosquée, l’église de Notre-Dame du Pilar et la synagogue Joseph Berdugo.
Cette place réaffirme la vocation de Larache comme terre de tolérance et de coexistence, où la présence des trois cimetières monothéistes témoigne d’une histoire partagée et respectée. Elle rappelle la place de l’islam comme religion de paix, d’amour et d’ouverture, garante de la protection des autres confessions, à l’image du Maroc, dont l’identité plurielle s’est construite dans le respect des différences et le vivre-ensemble.